01/08/2005
Dans le train du temps qui passe
Depuis plusieurs années, la RATP rénove les stations du métro parisien.
On y a parfois de jolies surprises.
Champs-Elysées-Clémenceau faisait partie de ces stations rénovées dans les années 70, comme Odéon : revêtement métallique de couleur jaune ou orange, renforts marronnasses, c'était assez horrible.
Et hier, surprise : tout a disparu. Les panneaux tiennent à la va-comme-je-te-pousse sur les murs débarrassés de leur gaine colorée. L'ancien carrelage apparaît sous les traînées de poussière collées par les ans, les coulures solidifiées de vieilles infiltrations. Les emplacements publicitaires d'alors sont visibles, des lambeaux d'affiches encore présents sur plusieurs épaisseurs. On observe amusé ces traces anciennes.
Soudain, l'attention est attirée par une jeune fille qui photographie... le mur. Qu'y a-t-il donc ?
Presqu'intacte, une affiche collée présente les horaires des premiers et derniers trains, une ordonnance du 10 juin 1942 et une loi sur les transports urbains de voyageurs de 1910. Tout y est lisible. On y apprend qu'aucun train ne peut circuler sans mécanicien, que les voyageurs ne disposent pour leurs bagages et colis que de l'espace situé immédiatement au-dessus et au-dessous de leur siège, que le transporteur a l'obligation de mettre des rames en nombre suffisant pour chaque classe, ...
Un peu plus loin, une autre affiche annonce *prendre une voix d'époque* que "la RATP recrute des mécaniciens et des électriciens, offre une variété de carrières", etc. Typographie d'hier : les mots cruciaux sont en capitales, d'autres en italique à la casse plus importante.
J'entends déjà ces vieilles rames vertes et rouges brinqueballer à l'orée du quai. Il n'y a pas encore de jazz : nous sommes en 1942. Chose étonnante, il n'y a pas de version allemande.
Mais ce qui me laisse le plus perplexe est ce petit cartel un peu plus loin, isolé : à environ deux mètres de haut, sur fond jaune liseré de marron, le message suivant :
DEFENSE DE STATIONNER
Plongée en perplexité : qu'a voulu dire le rédacteur ? Est-ce une référence aux Parisiens réfugiés dans le métro lors des alertes ? Aux sans-abris chassés par les combats ? Une directive de police pour éviter les regroupements dans des zones difficiles à contrôler ? Ou plus simplement une forme neutre d'interdiction faite aux clochards d'annexer les quais en quartier d'hiver ?
Sans le vouloir, le responsable de cet affichage nous offre aussi un joli paradoxe à la Devos : il est interdit de stationner... dans une station.
10:35 Publié dans Paris rêvé, vécu, vu | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note









Commentaires
Juste un mot amical de passage. Un merci à la fidélité et aux mots gentils.
Ecrit par : Hémisphère M | 02/08/2005
Oooh j'aimerais tant voir ce mur... Ce serait vraiment bien qu'ils restaurent la station dans cet état de 1942, avec ces affiches..
Voici un lien vers un très beau site sur le métro parisien : http://membres.lycos.fr/metro/ . Voir notamment la rubrique "le métro inatendu".
Ecrit par : Elise | 02/08/2005
> Hémisphère M : merci ! Lecteur avide et impatient, j'attend les prochains écrits/photos...
> Elise : j'essaie d'y prendre des photos samedi... que je posterai dès qu'Elle n'aura plus besoin du mac :-D
Ecrit par : Jar0d | 04/08/2005
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