31/10/2004
Bribes de sérénité
Décembre précoce, un dimanche d'automne. Le ciel bas couvre la ville de son voile glacé. Les ondulations cotonneuses ont laissé place à l'uniformité d'un coton mal cardé. On a volé une heure au temps, ce matin. De quoi faire un marché, un café, quelques courses sans se presser.
Paris s'est vidé, peuplée de provinciaux en retour vers les pierres froides de leurs racines.
Il fait froid. Un vent lutin parcourt le boulevard Raspail. Les boutiques de mode, Paul Smith, Kenzo, de design sont mortes, fermées. C'est la tristesse du mannequin inéclairé.
Aujourd'hui, j'ai traversé la cité, à pied. Les 400 coups résonnent encore sur mon âme, et je souris aux centaines de clins d'oeil d'un Gang de requins déjantés. Un café, en terrasse chauffée. Un des meilleurs chocolats du monde, en petits carrés posés sur ma table. Les enfants ont revêtu leurs manteaux d'hiver, Halloween s'est dissous, je croise un groupe en procession, chantant derrière l'oriflamme blanche.
C'est Noël en avance sur la saison. Ma vie en cadeau.
Hier, Lilou est revenu. Il a grandi, ce chat. Du mal maintenant à passer par la fenêtre entrebaillée. Explorateur de mon appartement, joueur d'ombres derrière le futon, il court, s'arrête, regarde, renifle, saute et ronronne. Se repose quelques instants, à mon côté. Puis il part. Normal. C'est un chat. Il reviendra. Je lui laisse la fenêtre ouverte.
Lilou va et virevolte, piétine de douceur mon coeur - Baudelaire avait raison "Viens...". On se frotte, on se caresse, c'est comme un sourire taquin, parfois. Son air si préoccupé, parfois. "The Naming of Cats", écrivait T.S. Eliot. Ses yeux profonds de la vie instantanée. Hop, envolé !
Heureux, on vous dit.
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26/10/2004
Soir, matin, pluie, soleil
Paris au crépuscule d'hier avait pris une bizarre teinte orangée. J'ai cru à une illusion, mais non : l'air était ambré.
Il s'est mis à pleuvoir, rideau gris perle sur l'horizon fatigué, l'oblique de la lumière comme un Rothko frémissant sur la ville. Une grosse pluie d'automne, d'abord quelques gouttes égarées, comme une locomotive lancée, puis progressivement, le rideau s'ombre, les gens pressent le pas, leurs sacs en abri misérable sur des têtes déjà mouillées. La pluie ruisselait sur ma veste de cuir, collait mes cheveux. Accélérer, quand même. Les rues se vident. Les caniveaux commencent à dériver, feuilles courbes en barques éphémères - ça y est, c'est la chute, une bouche d'égoût comme un monstre marin. Ca tombe dru !
Voilà les premières flaques, piscines à pigeons imbéciles sous les roues d'une Safrane métallisée. Oui ce temps est mélancolique.
Les platanes sont désormais à moitié dénudés, c'est allé vite, assoupissement brutal, une respiration suspendue de la sève fluide. Ca amuse les enfants, ces feuilles tombées : finalement, malgré la modernité, la technique, l'urgence télévore, notre simple humanité persiste.
Cette année, youpi !, pas d'haloween : il n'y a quasiment pas de vitrines. Est-ce la fin de cette "culture" importée ? Tandis que devant Notre-Dame se dresse une grande croix de bois, memento mori d'un vieux fond culturel aux coutures élimées.
Et ce matin, le ciel est lavé. La ville est belle au soleil. Les tours de la Défense prennent une teinte métallique feutrée, que cherche à capturer le photographe en jouant avec les reflets : instants translucides. On voit loin, de parvis à l'Arc de Triomphe puis Montparnasse à droite, le Sacré-Coeur en pâtisserie meringuée.
J'aime cette ville.
21:15 Publié dans Paris rêvé, vécu, vu | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : paris
Vacarme de cocktails
En remontant la rue de Seine, les galeries endormies se teintent de nostalgie. J'y étais passé, de jour, vous vous en rappelez, extase des oeuvres éclairées, un bar de quartier à l'air canaille.
Hélas, il est trop tard, nuit, les chaises sont retournées sur les tables rondes par les bras de déménageur d'un patron à la carrure de catcheur Drapeau arc-en-ciel sur la vitrine : un discret insigne un peu incongru dans ce quartier. Le bar ferme. Dommage.
De dépit, on en revient, aimantés, vers le point de nos attractions errantes.
Ambiance explosée !!
Une convention ? Un séminaire ? En français, en anglais, l'endroit dégueule de gens, ils ont l'air de tous se connaître, aux styles équivalents, aussi - lunettes rectangulaires, jeans siglés, baskets de marque. De quoi s'agit-il ? Une chaîne de télé ? Ils sont tous au vin rouge et mini-club sandwich, le blond un peu gras aux Puma à bandes jaunes, la brune au gilet long de laine brique, baskets hautes à la virgule blanche. Ou agence de pub. Brouhaha.
La musique espagnole, flamenca, chantéecriée, lutte contre le volume des affirmations simultanées. C'est bien la première fois, ce lieu, ainsi.
Ma voisine de droite est une anxieuse. Quelque chose dans sa posture crie l'attente, l'espoir, la crainte et le repli.
Tragicomédie des sociétés.
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22/10/2004
Sur la route, Jack Kerouac
Puis il se mit à chuchoter, m'agrippant l'épaule, transpirant : "Tu n'as qu'à les reluquer un peu devant. Ils ont des soucis, ils comptent les miles, ils pensent à l'endroit où ils vont dormir cette nuit, au fric pour l'essence, au temps, ils se demandent comment ils arriveront à destination - et cela ne cessera pas jusqu'à ce qu'ils soient arrivés, tu piges. C'est qu'ils ont besoin de se tracasser, et de tromper le temps en croyant urgent ceci ou cela, ce sont tout bonnement des anxieux et des geignards, qui n'ont pas l'esprit tranquille tant qu'ils n'ont pas dégotté un souci avéré et bien établi et, quand ils l'ont trouvé, ils prennent les expressions faciales qui collent et conviennent à la chose, ce qui est, vois-tu, le malheur, et continuellement il galope à leurs côtés et ils le savent et cela AUSSI les tourmente sans fin. Ecoute, écoute donc."
22:10 Publié dans Des mots m'émerveillent | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : kerouac
20/10/2004
Fumée
"Ecrire, écrire, écrire" dans un soupir, mi-exaspérée, mi-excitée de l'attente. "Suis-je romancière, écrivain de théâtre, nouvelliste ? Ce n'est pas la même chose. Il faut choisir son style."
"Pourtant, dis-je, il y a Hugo."
"Hugo !"
"Ou Cocteau. Il peignait, aussi, il dessinait."
"Cocteau !" un soupir "mais Cocteau, c'est Cocteau ! Hugo, c'est Hugo !"
Pensive elle regarde la rue tranquille, le Louvre endormi, le cigare pensif tandis que le ballet des serveurs accompagne la sarabande des fumées cubaines.
"J'aime bien quand tu écris."
"Ce n'est rien, je réponds, c'est que nous devons avoir des conversations... romanesques."
"C'est le Louvre..."
"Oui. C'est ça. Comme un Truffaut. Ce doit être ça." - deux sourires.
Ce soir, elle est vêtue de blanc, un chemisier à l'attache au côté, crêve-coeur des yeux trop curieux, ouvert d'un mouvement négligé sur la dentelle bleue d'un soutien-gorge à balconnet. Au cou, une rivière de petits rubis, pâles reflets de l'intensité des yeux brillants d'amour, d'alcool, de l'usure des expériences passés. De désir. De rire.
"C'est vrai que nos rires sont obscènes parfois. Et parfois, d'une délicatesse insaisissable. Alors ça les rend fous. Ca les rend fous et ça les fait rire encore plus. Et ils finiront par nous haïr." Intriguée, elle sourit. "Paris, c'est une jeune femme en fait. Elle est pas si vieille que ça. Elle est sortie de l'adolescence, mais elle est pas si vieille que ça." Je ne répond pas, il n'y a pas de question. Les vapeurs de l'irish coffee libèrent la parole spontanée. "Tu crois que Paris me ressemble ?" Penchée sur sa paille, elle aspire consciencieusement, concentration nécessaire, bruit de fond de verre provocant, le breuvage tiède et crêmeux. "Je suis d'accord, le bruit, c'est pas très élégant. Mais c'est pour aspirer ce qu'il y a au fond." Un sourire lumineux. "J'arrête." Elle arrête.
Les yeux curieux, ce petit mouvement des épaules, droite dans le fauteuil, le roulage appliqué d'une cigarette à la main. La langue baladeuse, yeux au ciel désoccupés d'une réalisation tabagique approximative.
Mouvement.
"J'ai besoin d'écrire. Dix pages. Je vais au bar. Je rentrerai vers cinq heures du matin." Comme un défi.
"Embrasse-moi. Un vrai baiser de cinéma."
"Non." Effleurement. Puis
"Tu viens ?"
La musique des années soixante bruit en écho sur le velin de nos esprits crayonnés. Derrière le barman aux pattes fines, cinq rangées de bouteilles variées. Les verseuses en aluminium comme des becs orgueilleusement tournés vers le ciel de fumée. Stylo en main, l'air absorbé, elle déchire l'emballage du sucre en poudre. Cigarette. Posture de l'écrivain. Accroche-coeur en liberté.
La plume Parker prend son envol sur le papier. Ses doigts à la finesse arachnéenne dirigent et contrôlent le filet bleu de ses pensées. Le feu d'un cigare achevé brûle sa langue, mouvement de dépit et de jouissance mêlés - il est déjà terminé ?
L'ambiance est brisée de l'éclat des verres, des cocktails, des shakers, sous la bienveillance sereine de l'écran bleuté des caisses à écran tactile. C'est le café de l'écrivain libéré de ses entraves diurnes. Harmonie des positions corporelles, un redressement. "Tu as mal au dos ?" "Oui." puis "Je reviens." Elle se lève et disparaît au coin du comptoir annnées 30.
"Elle est très belle." Appréciation chuchotée trop haut d'une femme aux cheveux poivre et sel à son mari.
"Oui, je réponds, elle est belle, et je ne suis pas objectif." En un sourire partagé. La revoilà.
"Je suis prolixe ce soir, je crois que je vais y arriver." Elle écrit. Et me le lit. Me l'offre en partage, en jugement incongru, en holocauste de mes délires à l'autel de ses mots jetés. Sa taille fine oscille en musique. Le regard figé dans son propre regard, elle, miroir, voit défiler le cours de ses pensées, de son cri à écrire, de ces mots à hurler sur le parchemin de sa notoriété. Autohypnose des mots appariés.
C'est l'heure où les serveurs kilométriques commencent à fatiguer, yeux cernés, gestes las, sourires de complicité.
Le froid pénètre par la double porte entrouverte : l'air devient piquant, relever son col. La rumeur noctambule se déplace, les accoudés au bar s'évanouissent. Le brouhaha des paroles jetées vient maintenant du fond de la salle, comme un Titanic à la musique perpétuelle. C'est la bohème rive droite d'un Paris décimé, les voitures sont rares, les cars passagers.
Le tablier gris de nos paroles défile en classe de lecture bien appliquée. Satchmo râle musical sur une contrebasse langoureuse.
Musique.
Hemingway vient d'entrer.
Il est saoûl, bien sûr, un reste de chili con carne dans sa barbe en broussaille. Il s'approche, lourd. "Un rhum !" tornitruant, accord brisé dans la volupté du lieu. Ca y est, il s'accoude. Il parle. Nous raconte rocailleux le vieil homme à l'obsession caraïbe, ses pêches saturniennes contre le chronos dévorateur, ses errances mythique au coeur des marais infestés. Le silence s'est fait, la parole suspendue à ses lèvres blessées.
Hemingway parle, compression d'espace-temps parallèle volé.
Alternative de la vérité.
*Elle m'avait demandé un portrait. Voilà des bribes, plutôt.*
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17/10/2004
Impressionnisme
La clarté du froid soleil en ouverture matinale, les gens de Paris sont sortis faire des courses. L'église annonce la messe : Paris n'est qu'un village.
Aujourd'hui sera impressionniste. Exposition Turner Whistler Monet, parfaitement en écho à la lumière matitudinale. Les visiteurs s'enroulent autour du bassin de l'entrée latérale. Public âgé ou familles, français ou touristes s'étirent en colimaçon. L'attente est calme, c'est le deuxième jour d'ouverture, dans une heure, l'entrée sans réservation. Déjà une centaine de personnes : élégants cinquantenaires des beaux quartiers, pantalon de flanelle anthracite, veste de laine épaisse, style anglais, foulard dans la chemise bleu roi, le menton haut, côtoient la vieille dame en survêtement de polaire, appuyée sur sa canne médicale, la marche pénible comme la station debout. Les gamines aux doudounes moletonnées, cheveux d'ange au serre-tête, orbitent calmement autour de leur maman, tandis que ce couple : vieux beau caricatural au costume trop étroit, rayures tennis, vague de cheveux collés en arrière, il écoute d'un oeil distrait par les adolescentes littéraires les commentaires de sa compagne dolce-et-gabannisée, indispensables lunettes de soleil pour lutter contre... la clarté pastel d'un ciel couvert ! *Que fait Sempé ?*
L'ombre d'un nuage fait frissonner en houle la foule patiente. Sur un banc, on s'attend. Un livre de poche "pour passer le temps". *Lui chantait : j'écris.*
Constatation amusante : les gens tiennent à la main, dans la file, leurs billets réservés. Peur d'être rejeté du privilège monnayé ?
Trois enfants s'envoient un avion de papier - il file droit, c'étaient de bons plans. Les agents du musée débonnaires houspillent gentiment le retardataire, les bras au ciel, un air de directeur de Palace *l'ont-ils fait exprès ?* Les marronniers sont roux désormais, éclats de jaune, de verts passés. Les fleurs en massif font tache de couleur rouge, blanche, safran, écho volontaire de l'affiche de l'exposition.
Le ciel s'est obscurci, quelques gouttes, à peine une bruine, dérivent vers le sol de graviers. Ca n'a pas l'air d'inquiéter le public, à peine quelques parapluies, des permanentes à protéger. Une famille américaine envoie un des siens en ambassade au café du coin, retour avec un gobelet de carton fumant, un coca, import culturel devant l'escalier XIXème à double volée.
Sécurité. On entre.
La lumière ! Turner dans la clarté diaphane des soleils en plein vol. Whistler dans l'osbcurité nacrée de la nuit londonienne, en brumes horizontales constellées d'éclats électriques. Monet en conteur du temps qui passe, du temps qu'il fait sur les rives de Giverny, sur le pont de Charing Cross, sur Venise aqueuse aux reflets glauques. Dans certains Turner, celui du Louvre, la lumière finit par dissoudre la matière. Monet, lui, annonce déjà Seurat : les couleurs intimes des premiers tableaux se désolidarisent en touches pour un lendemain pointilliste. Whistler aux fusions de gris ne garde que l'horizon vibrant des cheminées anglaises.
*Comment fait-on tout cela ?*
22:55 Publié dans Paris rêvé, vécu, vu | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : paris, musee
Samedi à pied
L'air lavé de pluie adoucit la lumière d'automne : le ciel, les immeubles prennent des teintes pastel, annonciation de l'assoupissement hivernal.
Je sors.
Dans le forum des Halles, les gars et les filles se croisent, quête de la sape, ici n'est pas un lieu de drague mais l'antichambre animée du samedi soir - ce soir. La techno dégueule des boutiques aux jeans rapiécés. Ca sent bizarre, la lavande chimique. Les magasins pour hommes sont réunis comme apeurés de tant de féminités. Ou parce que les hommes, c'est flemmard. Possible aussi.
Dehors, au soleil d'après-midi, posée derrière St-Eustache, la rue Montorgueil s'étire, désormais pavée, semi-piétonnisée. Les bistrots capotés de bâches transparentes, "terrasse chauffée", ont l'allure de zone protégées. Qui sont les contaminés ? Ceux qui déambulent, ou ceux qui sont installés ? Les épiciers arabes en perspective de boîtes improbables aux étiquettes orangées, tâches multicolores à dominante chaude (jaune, rouge, ...) - étude chromatique des obsessions du marketing. Autre tonalité : le Rocher de Cancale dégorge ses huîtres sur le trottoir "provenance directe du producteur" - il est trop tôt pour une bourriche vert-de-gris.
Dans la rue d'Argout, je découvre le Shop, boutique aux corners de marques pointues, bel endroit sans enseigne - TELLEMENT sans enseigne que c'en est revendiqué -, un DJ en réel, jugé sur son échafaudage de chantier ("Caution : DJ at work" dit le panneau), pour l'ambiance musicale lounge. C'est calme, assez beau, un peu étroit, sauf le sous-sol. Je sais que cela vous plairait.
Plus loin, la place des Victoires endormie me sert d'aiguillage pour un retour soleil au vent vers le Louvre et ce repaire caribéen. Je ne m'y arrête pas. Pont des Arts.
La rue de Seine est une FIAC sur le pavé. Galeries variées, cours antiquaires, les piétons ici sont riches et (mais ?) cultivés - pas de clinquant, juste de très belles matières, des coiffures négligeamment travaillées, quelques touristes égarés devant les oeuvres d'artistes contemporains parfois bien inspirés, un joli sens de l'humour aussi, pour certains (un bidule électronique à boutons, genre ampli des années 70 : premier étage : "Man" un bête potentiomètre ; deuxième étage : "Woman" tout le catalogue des boutons imaginables... OK , c'est basique, mais ça me fait sourire).
Ce Paris diurne est différent, plus sage et signifiant. Versant esprit de cette ville de coeur. Je lui ferai la cour, capitale de mes pensées.
19:10 Publié dans Paris rêvé, vécu, vu | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : paris, les halles
16/10/2004
Déjeuner chez Wittgenstein, Thomas Bernhard
Nous entrons dans ces philosophies
comme dans des auberges ouvertes
et nous nous asseyons aussitôt à la table des habitués
et nous nous étonnons
de n'être pas aussitôt servis
à notre entière satisfaction
Nous sommes au comble de l'irritation
aussi au sujet des gens répugnants
qui en ont pris leur aise avec nous dans cette auberge
Nous demandons après l'aubergiste
mais l'aubergiste ne vient pas
et si éventuellement
nous avons été séduits d'abord
éventuellement par l'installation de l'auberge
nous en sommes dégoûtés en peu de temps
nous sommes mal assis
il y a des courants d'air
une odeur fétide se répand
à la place du plus fin des fumets de rôti que nous attendions
Nous sommes servis par de petits serveurs répugnants
qui n'ont jamais rien appris
qui courent de long en large continuellement abrutis
et apportent finalement tout à table
sauf
ce que nous avons commandé
Les plats sont immangeables
les boissons empoisonnées
et puis
quand nous voulons demander des comptes à l'aubergiste
le bruit court que
l'aubergiste serait déjà depuis longtemps mort
C'est ainsi que nous entrons à l'enseigne des grands noms
qui nous promettent un repas philosophique
et c'est toujours le même immangeable
Nous entrons dans les livres comme dans des auberges
pour notre malheur
19:15 Publié dans Des mots m'émerveillent | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : bernhard, philosophie
15/10/2004
Jacques Derrida
Quand j'écris, ou parle en public, il y a toujours un autre moi-même qui observe et analyse. D'où un certain malaise, parfois. Je ne me plains pas. Je me dis même que j'ai dû faire ce qu'il fallait pour devenir ce personnage. Mais, pour continuer à travailler et à penser, je dois sans cesse m'en défaire.
(tiré d'un entretien avec F.O. Giesbert)
14:10 Publié dans Des mots m'émerveillent | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : derrida, philosophie, psychologie
Soirée paisible
Octobre s'étend sur la ville. J'ai rallumé le chauffage. L'hiver avance à pas de loup, masqué sous un soleil déchiré de nuages. Carnaval des thermomètres.
Il y a eu quelques averses, aujourd'hui. Brêves. Violentes. Lessivage d'automne. Les coulures de peinture à l'angle des rues, oeuvre d'un artiste anonyme, font repère entre les feuilles à peine tombées. Les arbres sont pourtant encore verts. Est-ce normal, si tard dans la saison ?
Près du bureau, les enfants de l'école bilingue marchent en rangs... chaotiques, pull bleu pantalon gris. L'uniforme de rentrée en écho à mes hivers stanislasiens. Horribles hivers, ceux-là. Ceux d'aujourd'hui sont légers et glacés.
Dans le métro, on se prend à rêver de vacances : tentations des journaux aux photos ensoleillées. *ils le font exprès ou quoi, ces journalistes ?*
Hier, j'ai vécu une de mes plus belles expériences théâtrales : le "déjeuner chez Wittgensten" de Thomas Bernhard, avec Pierre Vaneck et Catherine Rich. Hallucinant. Les mots à se concentrer, pour n'en rater aucun. Une mise en scène subtile. Pierre Vaneck possédé par le génie/folie du philosophe-mathématicien-millionnaire enfermé volontaire dans son sanatorium autrichien... Cynique au sens de Diogène.
Une merveille.
01:05 Publié dans Paris rêvé, vécu, vu | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : paris








