26/10/2004

Soir, matin, pluie, soleil

Paris au crépuscule d'hier avait pris une bizarre teinte orangée. J'ai cru à une illusion, mais non : l'air était ambré.

Il s'est mis à pleuvoir, rideau gris perle sur l'horizon fatigué, l'oblique de la lumière comme un Rothko frémissant sur la ville. Une grosse pluie d'automne, d'abord quelques gouttes égarées, comme une locomotive lancée, puis progressivement, le rideau s'ombre, les gens pressent le pas, leurs sacs en abri misérable sur des têtes déjà mouillées. La pluie ruisselait sur ma veste de cuir, collait mes cheveux. Accélérer, quand même. Les rues se vident. Les caniveaux commencent à dériver, feuilles courbes en barques éphémères - ça y est, c'est la chute, une bouche d'égoût comme un monstre marin. Ca tombe dru !

Voilà les premières flaques, piscines à pigeons imbéciles sous les roues d'une Safrane métallisée. Oui ce temps est mélancolique.

Les platanes sont désormais à moitié dénudés, c'est allé vite, assoupissement brutal, une respiration suspendue de la sève fluide. Ca amuse les enfants, ces feuilles tombées : finalement, malgré la modernité, la technique, l'urgence télévore, notre simple humanité persiste.

Cette année, youpi !, pas d'haloween : il n'y a quasiment pas de vitrines. Est-ce la fin de cette "culture" importée ? Tandis que devant Notre-Dame se dresse une grande croix de bois, memento mori d'un vieux fond culturel aux coutures élimées.



Et ce matin, le ciel est lavé. La ville est belle au soleil. Les tours de la Défense prennent une teinte métallique feutrée, que cherche à capturer le photographe en jouant avec les reflets : instants translucides. On voit loin, de parvis à l'Arc de Triomphe puis Montparnasse à droite, le Sacré-Coeur en pâtisserie meringuée.

J'aime cette ville.

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