17/10/2004

Samedi à pied

L'air lavé de pluie adoucit la lumière d'automne : le ciel, les immeubles prennent des teintes pastel, annonciation de l'assoupissement hivernal.

Je sors.

Dans le forum des Halles, les gars et les filles se croisent, quête de la sape, ici n'est pas un lieu de drague mais l'antichambre animée du samedi soir - ce soir. La techno dégueule des boutiques aux jeans rapiécés. Ca sent bizarre, la lavande chimique. Les magasins pour hommes sont réunis comme apeurés de tant de féminités. Ou parce que les hommes, c'est flemmard. Possible aussi.

Dehors, au soleil d'après-midi, posée derrière St-Eustache, la rue Montorgueil s'étire, désormais pavée, semi-piétonnisée. Les bistrots capotés de bâches transparentes, "terrasse chauffée", ont l'allure de zone protégées. Qui sont les contaminés ? Ceux qui déambulent, ou ceux qui sont installés ? Les épiciers arabes en perspective de boîtes improbables aux étiquettes orangées, tâches multicolores à dominante chaude (jaune, rouge, ...) - étude chromatique des obsessions du marketing. Autre tonalité : le Rocher de Cancale dégorge ses huîtres sur le trottoir "provenance directe du producteur" - il est trop tôt pour une bourriche vert-de-gris.

Dans la rue d'Argout, je découvre le Shop, boutique aux corners de marques pointues, bel endroit sans enseigne - TELLEMENT sans enseigne que c'en est revendiqué -, un DJ en réel, jugé sur son échafaudage de chantier ("Caution : DJ at work" dit le panneau), pour l'ambiance musicale lounge. C'est calme, assez beau, un peu étroit, sauf le sous-sol. Je sais que cela vous plairait.

Plus loin, la place des Victoires endormie me sert d'aiguillage pour un retour soleil au vent vers le Louvre et ce repaire caribéen. Je ne m'y arrête pas. Pont des Arts.

La rue de Seine est une FIAC sur le pavé. Galeries variées, cours antiquaires, les piétons ici sont riches et (mais ?) cultivés - pas de clinquant, juste de très belles matières, des coiffures négligeamment travaillées, quelques touristes égarés devant les oeuvres d'artistes contemporains parfois bien inspirés, un joli sens de l'humour aussi, pour certains (un bidule électronique à boutons, genre ampli des années 70 : premier étage : "Man" un bête potentiomètre ; deuxième étage : "Woman" tout le catalogue des boutons imaginables... OK , c'est basique, mais ça me fait sourire).

Ce Paris diurne est différent, plus sage et signifiant. Versant esprit de cette ville de coeur. Je lui ferai la cour, capitale de mes pensées.

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