17/10/2004

Impressionnisme

La clarté du froid soleil en ouverture matinale, les gens de Paris sont sortis faire des courses. L'église annonce la messe : Paris n'est qu'un village.

Aujourd'hui sera impressionniste. Exposition Turner Whistler Monet, parfaitement en écho à la lumière matitudinale. Les visiteurs s'enroulent autour du bassin de l'entrée latérale. Public âgé ou familles, français ou touristes s'étirent en colimaçon. L'attente est calme, c'est le deuxième jour d'ouverture, dans une heure, l'entrée sans réservation. Déjà une centaine de personnes : élégants cinquantenaires des beaux quartiers, pantalon de flanelle anthracite, veste de laine épaisse, style anglais, foulard dans la chemise bleu roi, le menton haut, côtoient la vieille dame en survêtement de polaire, appuyée sur sa canne médicale, la marche pénible comme la station debout. Les gamines aux doudounes moletonnées, cheveux d'ange au serre-tête, orbitent calmement autour de leur maman, tandis que ce couple : vieux beau caricatural au costume trop étroit, rayures tennis, vague de cheveux collés en arrière, il écoute d'un oeil distrait par les adolescentes littéraires les commentaires de sa compagne dolce-et-gabannisée, indispensables lunettes de soleil pour lutter contre... la clarté pastel d'un ciel couvert ! *Que fait Sempé ?*

L'ombre d'un nuage fait frissonner en houle la foule patiente. Sur un banc, on s'attend. Un livre de poche "pour passer le temps". *Lui chantait : j'écris.*

Constatation amusante : les gens tiennent à la main, dans la file, leurs billets réservés. Peur d'être rejeté du privilège monnayé ?

Trois enfants s'envoient un avion de papier - il file droit, c'étaient de bons plans. Les agents du musée débonnaires houspillent gentiment le retardataire, les bras au ciel, un air de directeur de Palace *l'ont-ils fait exprès ?* Les marronniers sont roux désormais, éclats de jaune, de verts passés. Les fleurs en massif font tache de couleur rouge, blanche, safran, écho volontaire de l'affiche de l'exposition.

Le ciel s'est obscurci, quelques gouttes, à peine une bruine, dérivent vers le sol de graviers. Ca n'a pas l'air d'inquiéter le public, à peine quelques parapluies, des permanentes à protéger. Une famille américaine envoie un des siens en ambassade au café du coin, retour avec un gobelet de carton fumant, un coca, import culturel devant l'escalier XIXème à double volée.

Sécurité. On entre.

La lumière ! Turner dans la clarté diaphane des soleils en plein vol. Whistler dans l'osbcurité nacrée de la nuit londonienne, en brumes horizontales constellées d'éclats électriques. Monet en conteur du temps qui passe, du temps qu'il fait sur les rives de Giverny, sur le pont de Charing Cross, sur Venise aqueuse aux reflets glauques. Dans certains Turner, celui du Louvre, la lumière finit par dissoudre la matière. Monet, lui, annonce déjà Seurat : les couleurs intimes des premiers tableaux se désolidarisent en touches pour un lendemain pointilliste. Whistler aux fusions de gris ne garde que l'horizon vibrant des cheminées anglaises.

*Comment fait-on tout cela ?*

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