16/10/2004
Déjeuner chez Wittgenstein, Thomas Bernhard
Nous entrons dans ces philosophies
comme dans des auberges ouvertes
et nous nous asseyons aussitôt à la table des habitués
et nous nous étonnons
de n'être pas aussitôt servis
à notre entière satisfaction
Nous sommes au comble de l'irritation
aussi au sujet des gens répugnants
qui en ont pris leur aise avec nous dans cette auberge
Nous demandons après l'aubergiste
mais l'aubergiste ne vient pas
et si éventuellement
nous avons été séduits d'abord
éventuellement par l'installation de l'auberge
nous en sommes dégoûtés en peu de temps
nous sommes mal assis
il y a des courants d'air
une odeur fétide se répand
à la place du plus fin des fumets de rôti que nous attendions
Nous sommes servis par de petits serveurs répugnants
qui n'ont jamais rien appris
qui courent de long en large continuellement abrutis
et apportent finalement tout à table
sauf
ce que nous avons commandé
Les plats sont immangeables
les boissons empoisonnées
et puis
quand nous voulons demander des comptes à l'aubergiste
le bruit court que
l'aubergiste serait déjà depuis longtemps mort
C'est ainsi que nous entrons à l'enseigne des grands noms
qui nous promettent un repas philosophique
et c'est toujours le même immangeable
Nous entrons dans les livres comme dans des auberges
pour notre malheur
19:15 Publié dans Des mots m'émerveillent | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : bernhard, philosophie






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