28/08/2004

Le dernier août

La ville a pris l'air désabusé de la fin d'été. C'est vendredi et les terrasses sont aux trois quarts vides. Le crépuscule cendré d'orage s'immobilise dans les reflets mercure de la Seine devenue glauque. Ni jour ni nuit, les réverbères paraissent un peu inutiles. Les monuments, même, ne sont pas tous allumés.

*Je ne sais pas pourquoi je pense à un "temps de cheval", un alezan à monter pour parcourir Paris, le bruit des fers sur le pavé rendu aux voitures absentes, costume anglais.*

Même le quartier des Halles est quasi-désert, le vent tiède cueille les terrasses à rebrousse-poil, tournoyant dans les cheveux libres d'avant la rentrée. On se recoiffe, encore et encore. Il pleuvra ce soir, probablement.

Il y a la nonchalance d'août chez les Parisiens présents, les touristes, eux, touristent sérieusement. C'est comme un bord de mer qui se serait vidé fin de saison sur la côte. Bientôt, dans quelques jours, la cité redeviendra hurlante, voitures en pagaille, costumes tout frais d'une armoire jusque là amnésiée, ambitions replanifiées pour une année "au top".

Temps de spleen, apparemment, sur la ville et sur les gens. Un air d'au-revoir approchant du quai. On croise des valises, direction Roissy, Orly, la voie des airs. Et d'autres, yeux baissés, retour de gares pour l'appartement à retrouver. Ca sentira un peu la poussière, un peu le renfermé, on rouvrira l'eau, le gaz, y a-t-il quelque chose pour le dîner ?, déjà penser à la lessive. On balaiera le sable des souvenirs enseoleillés, c'est le grand retour des "il faudra" (penser à porter les photos à développer, appeler ta mère, ranger les serviettes de bain, prendre rendez-vous pour la révision, inscrire Théo à la piscine, inviter les Henri à dîner, etc.) alors qu'on vivait de "pourquoi pas ?" et d'apéros improvisés. Ca laisse toujours un goût doux-amer, ces rentrées : on est chez soi, les beaux moments expatriés encore frais, reposé hors la fatigue du voyage, déjà lundi se profile, le bureau, le confort du chez-soi, de la vie installée.

*C'est pour cela que j'aime être ici l'été, voyager décaler pour le choc du retour, pas de transition, extra-terrestre les premiers jours.*

Profitons de cet entre-temps. Ce soir, on improvise, un dîner, une marche, la nuit par surprise, suivant l'humeur, le temps, le sens du vent.

J'attends deux yeux noirs pour éclairer la nuit et la briser d'irréalité.

****

Au Père Fouettard, la démarche féline s'efface dans l'escalier *un nez à repoudrer*. Le dîner passe gourmand, amusé, blagueur et légèrement provocant. Le vin fait monter la chaleur du lieu et le son des voisins. On est bien. Jazz, Montand des feuilles mortes en fond sonore, le maudit portable pour nous interrompre, une voisine de table au regard insistant - charme ou alcool vitupérant ?

Le dîner avance, copieux et savoureux. Le cabardès (château salitis 2001) aux parfums arrondis nous emmène sur les dunes des confiances partagées. La table voisine, amis du serveur, se laisse un peu aller à la joie éthylique, rit et parle fort et finit par nous apostropher. D'abord pour s'excuser, gauchement, en riant. Puis "vous êtes très belle, mademoiselle". Les yeux noirs s'incendient de plaisir. On échange quelques mots, on les suit sur la recommandation du café au Bailey's *c'est un peu traître, ce truc*. En partant, à nouveau "vous êtes belle*.

Nous rentrons, à pied, près d'une heure nocturne dans la Paris vidé.

Il sera bientôt temps pour les croissants.

L'âme en paix de Paris en écho à nos rêves fatigués.

27/08/2004

Bossuet

La liberté, ce n'est pas faire ce que l'on veut, c'est vouloir ce que l'on fait.

Esprit latin

Quand tu t'amuses, est-ce que tu mens ?
Quand ça te plaît, est-ce que tu mens ?
Quand tu t'endors, est-ce que tu mens ?
Quand tu t'enpleures, est-ce que tu mens ?

Un seul "Je t'aime !", est-ce que tu mens ?
Et mes poèmes, est-ce que tu mens ?
Jamais "Merci", est-ce que tu mens ?
Et tes amies, est-ce que tu mens ?

Tous ces regards, est-ce que tu mens ?
Tous ces départs, est-ce que tu mens ?
Jamais d'ennui, est-ce que tu mens ?
L'émerveillement, est-ce que tu mens ?

Tes intérêts, est-ce que tu mens ?
Et tes angoisses, est-ce que tu mens ?
Tu m'explores le soir, est-ce que tu mens ?
Une fois la carte dressée, tu la refermes

Est-ce que tu mens ?

27 juillet

Merci pour ces moments vécus, pour ces instants perdus où mon âme éclatée a rugi de démons insatisfaits de la larve terrestre affamée de désirs.

Je ne suis pas né d'hier, de la pluie rejuvenescente d'une invasion de grillons, pélerins dévorants le support d'une âme légère pour l'offrir à nu au sommet d'un Tartare étiré. Pourrai-je dire "j'ai aimé" ? Pourrai-je dire "j'ai vécu" ? On le saura un jour, demain, au soir d'une vie peut-être consacrée aux autres, idiosyncrasie politique et publique de l'humanitaire échappant à l'humain. Soyons communiste, mes frères, délires en partage, squelette censurant le libéralisme puritain d'une foi monétaire. L'intérêt y est, marque et taux, pour recouvrir la noirceur des argentiers efflanqués. L'éthylique passion détruit l'amour humaine, simagrée elfique du paradis perdu.

Déchirée démoniaque, je voulais t'apprivoiser compagnon de route statufié de sel pour avoir regardé en arrière. Sois heureuse, je reste solitaire ermite au sein de la terreur planétaire. Apporter la foi en l'homme à ceux qui n'en veulent pas - orgueil du martyr perdant ses émois à la croisée du chemin terrible irrespirable de recul.

Les livres sont ma passion.
Les hommes ma raison ?

26/08/2004

Chat du matin

La pluie cristalline a réveillé la ville assourdie, hier. Depuis le toit, un petit chat noir s'est réfugié par la fenêtre ouverte du troisième étage. Le vent a fait son oeuvre : fenêtre repoussée, le chat n'a pas pu ressortir - miaulements longs et malheureux en guise de réveil, le félin apeuré ne se laisse pas attraper, crainte feulante, oreilles en arrière, pupilles dilatées. Et pourtant, on s'est approché l'un de l'autre, à presque se toucher. Il est jeune, visiblement, oscillant entre le besoin de réconfort et la peur de l'inconnu. Un collier, une plaque "Lilou" : il doit manquer à quelqu'un, ce matin.

En partant au bureau, je lui ai laissé la porte ouverte. Il n'était plus là le soir.

C'était une visite d'orage, comme ces vieux contes bretons - est-ce l'Ankou qui frappe à la porte ? - ou britanniques.

Il n'a pas miaulé "Nevermore", l'éclat vert de ses yeux en message égyptien.

"Viens mon beau chat..."

*dernières nouvelles vespérales : le chat noir est passé ombre sur le toit devant ma fenêtre, vous pouvez être rassurés*

24/08/2004

Nietszche

Il faut porter du chaos en soi pour accoucher d'une étoile qui danse.

23/08/2004

Le lac

Fin de dimanche après-midi au lac. L'eau est à peine froissée de brise, percée par le ski nautique solitaire. Le soleil décline sur les jeux d'enfants, canots pneumatiques, bouées canard.

Nous y sommes arrivés après une longue marche en forêt, depuis la croix celtique sur la route de La Ségalassière.

Le bistrot de plage passe la sempiternelle musique de camping, la même partout en France, bouillie boîte-à-rythmée en mode binaire. Une guêpe se fait curieuse de nos boissons sucrées, elle se fout de nous, jaune et noir rayée.

Le jour incline les ombres en longues tirades de matière sombre. L'air moutonne de cirrus, lendemains d'orage comme une rédemption.

De jeunes filles en fleur *oui, je cite* jouent au volley : on voit passer le ballon de temps en temps, le reste est consacré aux rires et aux palabres... Un vieux chêne protège de son ombre l'ardeur somme toute modérée des pétanquistes du dimanche, shorts et tongs autour du cochonnet. Les petits pataugent à demi-nus sous le regard mi-attendri mi-inquiet des adultes parasolés.

Tout ça est un peu hors du temps, hors du lieu.

Ce doit être les vacances.

Le pays des miens

Mon Auvergne est déjà aquitaine - le sud du Cantal a quitté les hauts reliefs volcaniques, le Puy Mary n'est qu'un point dans l'horizon clair ; ici, le patois se fait d'oc, aux sonorités chantantes, les "r" roulent presque rocailleux. On regarde vers Toulouse, plutôt que vers le Nord. C'est la Châtaigneraie, hauts plateaux en croupes tranquilles, des prés crevés de ruisselets en ruisseaux médians.

A côté de champs déjà moissonnés, les Salers aux cornes de lyre paissent, regardant à peine un instant les marcheurs. Le ciel joue avec les nuages pour nous empêcher d'avoir chaud, d'avoir froid. Clôtures barbelées, le lichen se développe vert, jaune, gris cendré sur les bois centenaires des poteaux réguliers.

C'est le domaine de la buse, on l'entend parfois crier, on la voit tournoyer chasseresse aéronautique. Il n'y a plus beaucoup d'hirondelles, depuis quelques années ; seuls restent les nids, vides, accrochés sous les avancées des toits d'ardoise.

L'air bruit des cloches paisibles, du chant lancinant des grillons timides, le son d'un diesel tractant l'univers pour vibrer la réalité.

La forêt est sage, aussi, un peu endimanchée près du plan d'eau, reste brouillonne, une chambre mal rangée, en profondeur. Le vert sombre du houx brille au pied des chênes usés, fougères déchirées en écrin le long des sentes et des clairières. Le bois tombé a pris des couleurs d'ébène, friable et odorant. On croise parfois une tête de champignon, incomestible ou cèpe traversé de limaces - il a plu, il a fait beau, ce sera le départ de la saison.

Et, ici, tout est calme. Le haut mur a été drôlement couvert de tuiles mécaniques brique, c'est bizarre. Du fond, on voit le pacage traversé d'un cours d'eau, la grand route ne s'entend rien, la forêt commence en hauteur. On voit tout le vallon, le terrain en pente dégage l'horizon. Pour ceux qui sont là, peut-être. Pour ceuix qui y viennent, aussi.

Une buse crie invisible dans le bleu mouillé de la fin d'août.

Où que porte le regard, la paix est là.

Il a fait beau, hier, à Cayrols.

20/08/2004

Premier soir enraciné

Il a plu sur Le Rouget, le jardin détrempé a pris ses odeurs vertes et terreuses.

Le jour se couche au son de nos musiques. On dîne improvisé, mon petit frère par éclipse, une bonne bouteille (château couffran 1998) pour accompagner les conversations légères, souvenirs partagés d'époques anciennes : "l'Oncle" (mon arrière grand-oncle) bruyant lors de la soupe, le 15 août fête mariale et familiale, champagne même depuis son départ.

La maison rit et revit de mon petit frère, on a retrouvé les Schtroumpfs au grenier, on se construit des mondes pour finir au ballon dans le pré.

La nuit est tombée. Il fait un peu frais. Un cigare pour finir.

Auvergne familiale.

18/08/2004

Le voyage éthylique de Matt

"Le feu alcool plombé ravage mes entrailles arrachées énamourées d'une subtile idiote aux yeux éteints. Je vais prenant soin de moi et des autres mort à la lumière d'une imbécile fatuité de croire que je puis l'apprivoiser - temps perdu à chercher la clé d'un coeur croisé de tristesse constipé d'amour pour l'humanité bêlante aveugle et sourde de bêtise crasse inodore indolore."

C'est ce que pensait Matt dans les vapeurs absurdes du whiskhy révolvérisé.

"Meurs donc, idiot, sois guéri de noirceur aveuglante au cas où ça viendrait demain aveugle sans espoir de vie - meilleur pour toujours."

"Mort à l'artiste !"

Son esprit en roue libre rugissait affamé.

"Tu seras mienne, ta volonté n'est rien face au désordre de ma puissance sexuelle sans limite, divine pour t'emporter vers l'autre monde japonais - whiskhy feu de mes organes, entrailles déchirées d'amour et de sang."

"L'esprit est perdu, arabesques ethniques mélanésiennes sur mon âme, je suis écrivain ? perdu sans toi ? Le sang commence à rugir bouillonner

J'AI FAIM

de toi, de vie, de sang versé, j'ai toujours faim, éclats de lumière du rideau tiré. Fais-moi vivre toussant pour raconter la vie la mort le sexe l'esprit de mon existence à tes côtés/perdus. L'eau n'est qu'un palliatif absurde pour l'écrivain ressuscité. Je veux pleurer mystère sur ta féminité, ouvrir le champ fleuri de l'éternité avec toi courant les plaines illuminées, sans fin à tes côtés - esclave sexualisé."

"Je te veux captive de mon humanité, grincement rauque de mon amour re-né pour t'accompagner sur le chemin de lumière - derrière l'horizon bourbonisé, il y a l'espoir de la lumière amour pour t'accompagner sur le chemin de ta vie gagnée/perdue orpheline à conquérir.
L'esprit se perd chute vertigineuse dans ton âme perdue/gagnée pour vivre ensemble l'éternité.

AMOUR."

La pensée en boucle fermée, Matt s'endort effondré d'alcool, bercé par le feulement du quadriréacteur.

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